Archives de catégorie : «Get Going!»

Jul Dillier: comme une déambulation dans une salle des miroirs

Série de portraits «Get Going!» 2022

Jul Dillier, Flora Geiẞelbrecht et Bernhard Hadriga avec EI GEN KLANG ⎪ Photo ©Maria Frodl


De l’œuf naît le mot, du mot le son et du son une œuvre baptisée Ei.Gen.Klang. La performance multisensorielle à base de sons, de mots et d’images a été créée par Jul Dillier, Flora Geißelbrecht et Bernhard Hadriga. Une contribution «Get Going!» de la FONDATION SUISA l’a aidée à voir le jour.

Jul Dillier est chercheur de sons. Son regard est sans cesse animé par la curiosité et l’envie de découverte. Par une perception du monde comme un terrain de jeux, un lieu d’aventures qui invite à une exploration topographique par le mot et le son. Il va bien entendu de soi que cette approche engendre des questionnements philosophiques. «Je voulais me pencher sur l’origine ou le début, tant au sens musical que linguistique. Mais aussi sur le début du monde, le début de la vie, le début de l’humanité», explique Jul Dillier à propos de la motivation initiale de ce projet.

Le chercheur est issu d’une famille férue de langue originaire du canton d’Obwald. «Mon père était réalisateur de feuilletons radiophoniques, mon frère est libraire, ma sœur est pédagogue de théâtre et ma mère est logopédiste.» Il est le mouton noir de la famille, raconte-t-il en riant, puisqu’il a choisi la musique: il est devenu pianiste et batteur. Mais les mots sont restés, et surtout les sons qu’ils produisent.

Quand la pandémie de COVID-19 l’empêche de faire la navette entre sa ville adoptive, Vienne, et la Suisse centrale, il décide de suivre le master de jazz et de musique improvisée à Linz. C’est là qu’il rencontre l’altiste, vocaliste et parolière Flora Geißelbrecht et le guitariste et vidéaste Bernhard Hadriga, qui effectue également des études de microbiologie et de génétique parallèlement à celles de musique. Lorsqu’ils se réunissent pour définir le point de départ du projet, c’est Flora Geißelbrecht qui déclenche le processus créatif en évoquant simplement «l’œuf». «C’était comme un Big Bang et ce n’est sans doute pas un hasard si le théoricien de l’origine de l’univers George Lemaître a utilisé le concept d’‹œuf cosmique›», explique Jul Dillier.

Les associations sont alors sans fin. L’œuf, qui se dit «Ei» en allemand et se cache dans de nombreux mots sous forme de diphtongue, ouvrait des champs linguistiques, musicaux, mais aussi philosophiques et historiques infinis, dans lesquels les possibilités d’improvisation jaillissaient comme une déambulation dans une salle des miroirs. Les trois admirateurs des acrobates de la langue que sont Ernst Jandl ou Kurt Schwitters commencèrent ainsi à jongler avec des jeux vocaux, mais aussi à sonder d’autres domaines: «La forme de l’œuf, l’œuf de poule comme aliment, l’œuf de la femme… l’œuf produit un nombre de liens considérable aux niveaux de sens les plus variés», commente Flora Geißelbrecht. Et Jul Dillier de compléter: «Il est aussi à l’origine des innombrables mythes de la création qui nous travaillent.»

Face à une explosion créative comme celle-ci, le risque est grand de voir l’arbre cacher la forêt. Le trio en avait bien conscience. «Nous nous sommes forcés assez tôt à suivre une systématique rigoureuse», raconte Bernhard Hadriga. «La contribution de la FONDATION SUISA nous a permis de créer une sorte de laboratoire artistique, où nous pouvions mener nos expériences et nos recherches.» Jul Dillier ajoute: «Nous avons eu recours à des techniques de composition et d’improvisation pour réfléchir à la façon ludique ou narrative, sonore ou visuelle) dont nous souhaitions mettre en œuvre un aspect donné.»

Le nom de la pièce a aussi servi de guide: «Ei.Gen.Klang» est jeu de mots sur les termes allemand «Ei» (œuf), «Gen» (gène) et «Klang» (son), dont la somme («Eigenklang», sonorités propres) souligne aussi que l’œuf, dans sa forme et son sens, évolue constamment en direction du son. Il a également été évident dès le début que le projet aboutirait à une performance d’une heure. L’espace sonore et scénique tridimensionnel a volontairement été étendu au facteur temps, afin que l’univers ne s’étire pas irrémédiablement. En dépit des premières réussies d’Ei.Gen.Klang à Lucerne en décembre et à Vienne en janvier, le trio continue de jouer sur les états physiques vers lesquels la pièce peut sans cesse évoluer.

Rudolf Amstutz


juldillier.ch
instagram.com/ei.gen.klang
youtube.com/@EiGenKlang

Portrait arttv
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JUL DILLIER

21.03.2022


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles. Chaque mois, nous présentons l’une ou l’un des bénéficiaires des contributions «Get Going!» 2022.

Mario Batkovic, à l’aventure en terre inconnue

Série de portraits «Get Going!» 2022 

Mario Batkovic ⎪ Photo ⓒRob Lewis


Mario Batkovic est explorateur et jongleur de sons, inventeur, compositeur et multi-instrumentiste. La recherche de sons encore inconnus prend énormément de temps. C’est l’une des raisons pour lesquelles la FONDATION SUISA le soutient par une contribution «Get Going!».

«En réalité, déclare Mario Batkovic, l’accordéon n’est pas un instrument fait pour les grandes scènes. Mais avec ça, dit-il avec le sourire et en montrant un amplificateur fait maison, cela marche très bien.» Le visage de son créateur rayonnant de joie, le refuge de l’artiste au PROGR de Berne se met à vibrer, donnant la chair de poule aux auditrices et auditeurs. Mais ce n’est pas tout ce que son atelier a à offrir, loin de là. Outre un coin pour les enregistrements studio, tout ce qu’on y trouve peut générer des sons, que ce soit un piano préparé ou une brosse à dents électrique permettant de produire des sons sur les cymbales de la batterie. Mario Batkovic présente avec passion ses instruments, qu’il bricole sans cesse afin d’obtenir des sons. «Les sons, déclare-t-il, sont tous déjà là. Si on les manipule avec amour, ils viennent à nous.» La musique, poursuit le Bernois, ne peut pas être réinventée. «Mais je peux essayer de créer de nouvelles choses avec ce qui est déjà là.» Mario Batkovic se décrit comme un rêveur professionnel. «J’essaie de transformer ce qui existe dans ma tête en réalité.»

Né en Bosnie, il est arrivé en Suisse avec sa famille suite aux troubles dans les Balkans. Il était alors âgé de onze ans. Dans son pays d’origine, il avait déjà des sons plein la tête, qu’il concrétisait au moyen d’un accordéon. «À l’écart de la société de consommation, l’accordéon était un jukebox, un DJ, un artiste solo.» C’est pourquoi il est toujours resté fidèle à cet instrument. «Non, c’est faux, réplique-t-il, c’est l’accordéon qui m’est toujours resté fidèle.»

Son rapport aux sons et aux instruments reflète l’humilité avec laquelle Mario Batkovic aborde la musique. Son exigence d’honnêteté vis-à-vis de ses sons est si grande que toute nouveauté doit être subie: «Ce n’est pas pour rien qu’on parle de passion», déclare-t-il en souriant.

Il a étudié à la Haute École de musique, théâtre et médias de Hanovre et à l’Académie de musique de Bâle. Toutefois, tant dans ces universités renommées que sur la scène bernoise, Mario Batkovic s’est souvent senti à part, car lui et sa musique ne rentrent dans aucune catégorie. Il oscille entre punk et poésie, en passant par l’ambiant, la noise, le métal ou la musique sacrée. Aucun de ces genres ne lui correspond, ou plutôt, dans sa conception de la musique, tous à la fois. En mai 2024, il jouera de nouveaux morceaux avec l’Orchestre symphonique de Berne. Dans les médias internationaux tels que le magazine Rolling Stone, il est considéré comme un grand avant-gardiste du fait de sa polyvalence. Il compose de la musique de film, sort des albums solos sur un label indépendant britannique et écrit de la musique pour orchestre, pour jeux vidéo ou pour des groupes tels que Stiller Has. Mais en fin de compte, peu importe quand, où, comment et pour quelle raison la musique voit le jour. Elle fait partie d’un tout; c’est le résultat d’un rêveur professionnel, d’un possédé. D’un homme qui rend audible l’inaudible et qui dit à son sujet: «Je n’essaie pas de me découvrir à travers la musique, mais plutôt de ne pas me perdre dans celle-ci.» 

«Cependant, les gens oublient souvent que chaque nouveau projet demande énormément de temps», ajoute-t-il. Pour les explorateurs comme lui, qui préfèrent partir à la découverte de terres inconnues, le temps est le bien le plus précieux. Il est donc très heureux que deux contributions lui aient été accordées, indépendamment l’une de l’autre: la contribution «Get Going!» de la FONDATION SUISA et le Prix suisse de musique.

Un homme et un accordéon au milieu du XXIe siècle et ses technologies, cela ressemble peut-être à un anachronisme, pour lequel il n’est pas facile de trouver une place fixe dans l’art contemporain à une époque comme la nôtre: «C’est possible qu’il y ait eu de temps en temps des personnes avec les bons instruments au bon endroit et au bon moment. Pour moi, ce n’a pas été le cas. J’ai dû d’abord créer mon propre monde.» Son humilité à l’égard de la contribution de la FONDATION SUISA et du Prix suisse de musique est donc d’autant plus grande, déclare-t-il. 

Par ailleurs, il préfère faire l’éloge d’autres personnes que parler de soi-même. À la fin de l’entretien, il ne se prive donc pas de louer son plus grand héros, l’«anarchiste» Ludwig van Beethoven, et ses sonates pour piano révolutionnaires: «Toute une vie ne suffit pas pour s’immerger complètement dans ces 32 chefs d’œuvre magistraux.»

Rudolf Amstutz


batkovic.com

Portrait arttv
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MARIO BATKOVIC

10.01.2024


«Get Going!», une offre de soutien de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles. Chaque mois, nous présentons l’une ou l’un des bénéficiaires des contributions «Get Going!» 2022.

«Get Going!» 2023 ⎥ Les bénéficiaires

Cette année encore, l’appel à projets pour une contribution «Get Going!» a suscité un grand écho. Plus de 220 dossiers provenant de toutes les régions du pays et de tous les genres ont été déposés et soumis à notre jury d’experts. Après avoir examiné toutes les candidatures, le jury d’experts a décidé de soutenir les musiciennes et musiciens suivants pour leurs visions artistiques en leur allouant une contribution «Get Going!» d’un montant de CHF 25’000.- chacun·e. Toutes nos félicitations aux bénéficiaires!

LUCA FORCUCCI

Luca Forcucci ⎥ Photo ©Nicola Noventa


Luca Forcucci est un artiste, compositeur et chercheur. Dans ses travaux, il étudie les relations perceptives entre le son et l’espace, explorant l’inaudible et les aspects cognitifs inhérents aux paysages intérieurs. Cette exploration implique des expériences d’écoute immersive (profonde) dans divers endroits tels que la forêt amazonienne, l’Afrique du Sud, le Ghana, les îles Lofoten et les villes Alpha. En outre, il collabore avec les neurosciences pour mieux comprendre les aspects cognitifs des mécanismes d’écoute. Les processus associés à l’apprentissage automatique comportent des biais et des erreurs, qui découlent de la subjectivité introduite par les humains. En outre, dans le domaine de la musique, ce qui peut apparaître comme des erreurs ne l’est pas intrinsèquement; elles représentent plutôt de nouvelles directions potentielles qu’une œuvre peut prendre. Dans son projet «Not Always Human(s): Landscapes Perception and Architecture», pour lequel il a reçu une contribution «Get Going!», Luca Forcucci se penche sur des questions telles que: Que peut-on attendre d’une architecture sonore lorsqu’on lui applique des connaissances issues de l’apprentissage automatique, de la cognition et des erreurs? Comment de nouvelles expériences peuvent-elles en résulter?
lucaforcucci.com


MONTE MAI

Monte Mai ⎥ Photo ⓒPeter Hauser


Monte Mai est un trio de pop psychédélique fondé en 2020 par la chanteuse Anais Schmidt, originaire de Grenade, et les deux Tessinois Fabio Pinto (guitare) et Fabio Besomi (basse). Le projet pour lequel le trio s’est vu attribuer une contribution «Get Going!» est né d’un besoin d’explorer plus précisément le champ de tension musical entre le Nord et le Sud. Sur le plan esthétique, il s’agit de marier les racines et les influences culturelles de la musique latine et germanique. Le trio souhaite ainsi créer un pont entre la mélodie traditionnelle du répertoire musical italien et les éléments rythmiques de la «musique cosmique» du Krautrock allemand. L’élément contaminant joue un rôle central à cet égard, puisque l’objectif est de faire naître dans cet espace de liberté stylistique un mélange de pop exotique, de «musique cosmique», d’opéra, de jazz et d’électronique.
montemai.com


NICULIN JANETT

Niculin Janett ⎥ Photo ⓒXaver Rüegg


Niculin Janett est compositeur et joue du saxophone ainsi que de la clarinette et de la flûte à titre accessoire. Il compte actuellement parmi les musiciens les plus polyvalents de la scène jazz suisse. Il a ainsi fondé le Niculin Janett Quartet feat. Rich Perry en 2015 à Brooklyn, revisité les standards et le Great American Songbook avec les duos Janett / Schraff et The Sad Pumpkins ou encore combiné jazz et ländler avec le groupe de musique folk (C’est si) B.O.N. En 2021, avec le Niculin Janett Ensemble, il parvient à allier de manière innovante musique folk, jazz et musique classique en une suite de neuf morceaux dans «Rêveries Dansantes». Grâce à la contribution «Get Going!», Niculin Janett pourra profiter pendant trois mois d’un studio de composition à New York pour découvrir d’autres techniques de jeu, élargir son horizon sonore et explorer de nouveaux éléments mélodiques et rythmiques.
niculinjanett.ch


NICK FURRER

Nick Furrer ⎥ Photo ⓒSilvio Zeder


Après quatre albums avec son one-man band «Haubi Songs» et de nombreuses collaborations, l’auteur-compositeur et multi-instrumentiste lucernois Nick Furrer se trouve à un tournant artistique. Il souhaite désormais élargir son univers musical en faisant appel à de nouveaux musiciens et musiciennes. Avec cette envie d’ouverture, il veut briser les stéréotypes, tant sur scène qu’en studio, et ainsi remettre en question les structures et les stratégies d’un groupe. La contribution «Get Going!» permettra à Nick Furrer, qui écrit depuis peu dans plusieurs langues, d’intensifier ses échanges avec des personnes issues de tous les secteurs du business musical et de poursuivre ainsi la réorientation de «Haubi Songs», peut-être en créant un groupe live de multi-instrumentistes.
redbrickrecords.ch/haubi-songs


FRÄULEIN LUISE

Fräulein Luise ⎥ Photo ⓒFräulein Luise


Fräulein Luise est un jeune groupe indie pop de Zurich qui, avec ses morceaux en allemand et en dialecte, réussit à combiner avec brio musique dansante et réflexion sur des sujets de société importants. Le quatuor, composé d’Olivia Merz, de Paula Scharrer, d’Aliosha Todisco et de Paul Studer, n’existe que depuis 2021, mais est rapidement devenu un groupe culte dans le milieu grâce à son mélange endiablé de genres, allant de l’indie à la pop et au jazz, en passant par le rock. La contribution «Get Going!» est un investissement dans l’avenir pour ce groupe, qui pourra ainsi explorer et mettre en œuvre ses idées créatives, mais aussi essayer des choses inédites, dans des conditions proches de celles d’un laboratoire. En tant qu’artistes actifs FINTA, ils profiteront également de ce temps pour développer leur réseau et relancer leur projet de podcast «Störfrequenz», qui traite de la condition féminine sur la scène musicale suisse, dominée par les hommes.
fraeulein-luise.ch


ANNA HIRSCH

Anna Hirsch ⎥ Photo ⓒMaria Jarzyna


La compositrice, musicienne et performeuse bâloise Anna Hirsch fait partie du duo d’Art Pop Fleeb et du quintette de jazz Ikarus. Elle a par ailleurs participé à de nombreuses productions théâtrales et au projet international SOFIA (Support Of Female Improvising Artists). Son expérience diversifiée est désormais le point de départ de son prochain projet baptisé MARIA RIA. Dans ce projet solo, elle souhaite mettre en œuvre ses propres visions artistiques en puisant dans ses expériences passées. MARIA RIA a pour but d’ouvrir en elle et en chacune et chacun de nous un espace à l’insolence, à la vulnérabilité et surtout à l’espièglerie. La contribution «Get Going!» va permettre à Anna Hirsch non seulement de composer et de produire une nouvelle musique, mais aussi de développer, ensemble avec une équipe artistique, une esthétique visuelle qui complètera et élargira sa musique. Cette esthétique se reflètera dans les live shows, dans les mises en scène, les décors, l’éclairage, les tenues, le graphisme et les vidéos.
anna-hirsch.com


CHRISTOPH TRUMMER

Trummer ⎥ Photo ⓒBenedikt Schnermann


Christoph Trummer est non seulement auteur-compositeur-interprète mais également écrivain. Depuis son album «Heldelieder» sorti en 2014, son écriture littéraire est devenue indissociable de son activité de compositeur et de musicien. Qu’il soit question de migration, comme dans «Heldelieder», ou de famille, comme dans «Familienalbum» sorti en 2020, la dialectique de ces deux disciplines artistiques permet à Christoph Trummer d’explorer ses thèmes de prédilection de différentes manières. Il travaille actuellement sur deux projets en même temps, pour lesquels il a reçu une contribution «Get Going!»: «In die Welt kommen» («Venir au monde») est un projet de livre dans lequel il s’inspire de ses expériences de musicien à New York pour questionner ses origines suisses privilégiées. «Glaubensbekenntnisse» («Aveux de foi»), son second projet, s’interroge sur la façon dont les dogmes imprègnent nos vies – en se basant sur des aspects spirituels, scientifiques, politiques, mais aussi émotionnels. Le travail de réflexion sur ce sujet aux multiples facettes sera documentée dans le cadre d’entretiens (podcast) et devrait ensuite aboutir à un livre et à de nouveaux morceaux.
trummeronline.ch

Cégiu: En dialogue avec les autres et son propre corps

Série de portraits «Get Going!» 2022

Cégiu ⎪ Photo ©Gian Marco Castelberg

L’oreille comme micro et instrument, le cerveau comme table de mixage et le corps comme caisson de basse individuellement perceptible : avec son nouveau projet Coiled Continuum, Céline-Giulia Voser, alias Cégiu, veut rendre la musique physiquement tangible. La FONDATION SUISA la soutient par une contribution «Get Going!».

Dans la musique de Cégiu, la texture de la surface n’est que peu exploitée – uniquement dans les premières secondes d’un morceau, lorsque celui-ci entre en contact pour la première fois avec l’ouïe de l’auditrice ou de l’auditeur. Ensuite, la musique se métamorphose en un tourbillon, un labyrinthe de méandres et de liens complexes qui se fraie un chemin jusqu’au plus profond de notre inconscient et jongle avec les émotions. Cégiu a maintenant affiné son art dans trois albums : dans Skinny Souls (2016), Restless Roots (2019) et Glowing Goodbyes (2021), elle démolit la tour de Babel par l’usage de plusieurs langues tout en bâtissant inlassablement de nouvelles imbrications acoustiques encore plus raffinées, qui produisent des stimuli singuliers sur le clavier émotionnel. Cette femme de 39 ans, qui a grandi en Suisse centrale avec des racines dans le Frioul et en Suisse romande, réussit ainsi à transmettre à d’autres la catharsis qui habite sa musique.

L’une des pistes de Restless Roots s’intitule Il Silenzio – n’existe pas et contient à peu près tout ce qui caractérise une composition de Cégiu: elle a fait elle-même l’expérience physique du silence inexistant lorsque sa famille a déménagé d’un endroit dominé par le bruit du trafic dans un immeuble attenant au parc d’un château. «Soudain, raconte Cégiu, j’entendais mon propre corps, le chuintement du sang dans mes oreilles.» Le désarroi qui a suivi cette expérience est vocalement exprimé par des murmures et des cris et soutenu verbalement en quatre langues. «Ayant grandi dans une famille polyglotte, j’ai remarqué assez tôt que l’on peut exprimer certains états ou sentiments de manière plus précise dans une certaine langue que dans une autre.» «Dream on mon cœur», murmure-t-elle alors qu’un violoncelle éthéré ondoie indéfiniment et traverse tous les états de la matière durant ce morceau.

L’effet de la musique sur notre cerveau et notre corps, c’est ce qui intéresse aussi Cégiu dans son actuel projet, pour lequel la FONDATION SUISA la soutient par une contribution «Get Going!». Elle le nomme Coiled Continuum, collant ainsi à son intention. Au sein de ce continuum fermé et tournant sans cesse sur lui-même, Cégiu veut collaborer avec d’autres artistes en leur transmettant des créations pour qu’ils les transforment puis lui remettent le résultat. 

«Je suis fascinée par l’image d’une spirale qui tourne continuellement», explique Cégiu. «J’aimerais intégrer cette démarche à tous les niveaux du projet, que ce soit dans mes processus de travail ou dans les collaborations, mais aussi au niveau de l’écoute. Un éternel va-et-vient, qui reflète aussi la manière dont notre vie fonctionne.» Elle entretient déjà des échanges avec la musicienne et productrice Anna Murphy et la slameuse Dominique Macri ainsi qu’avec le photographe Gian Marco Castelberg et, pour le concept visuel, avec Bartholomäus Zientek. D’autres suivront. «Nous vivons aujourd’hui dans un monde très imprégné par le visuel, donc je cherche aussi les échanges interdisciplinaires.»

Quant au contenu, le projet aborde le thème de la perception psycho-acoustique, qu’a intensément explorée Maryanne Amacher (1938–2009), compositrice et créatrice d’installations. «L’oreille, explique Cégiu, peut non seulement percevoir les sons, mais aussi en produire elle-même, ce qui peut être provoqué par un stimulus.» Le but de l’artiste est que, à l’écoute de la musique, l’oreille et le cerveau soient stimulés pour développer leurs propres sons: «Il s’agit de créer une nouvelle expérience corporelle et de rendre la musique physiquement tangible.» Cela doit se produire non seulement lors de l’écoute de la musique en streaming (dans un casque), mais aussi en live: «Mon rêve serait de pouvoir jouer avec l’espace et le comportement des gens de manière à ce qu’ils m’influencent à leur tour sur scène et que le public fasse ainsi partie du groupe.» Les beats jouent ici un rôle dominant, comme dans tous les travaux de Cégiu. «Pour Restless Roots, j’ai utilisé à cet effet des sons de valises à roulettes, sur Glowing Goodbyes ceux d’insectes et, à présent, ce sont des bruits de fond produits par la bouche lors de l’enregistrement de messages vocaux qui fourniront le rythme complexe de la musique.»

Même s’il est prévu que le résultat de Coiled Continuum prenne la forme d’une œuvre achevée sur un album, Cégiu souhaite recourir aux moyens numériques pendant le processus de travail pour élaborer une sorte de journal audio. Cette visibilité permet, selon elle, d’échanger avec d’autres et deviendrait ainsi un élément du continuum.

Cette forme de travail, de même que l’approfondissement intensif de la thématique, nécessitent du temps et de l’argent. Cégiu souligne les avantages de «Get Going!»: «Cette forme de soutien octroyée par la FONDATION SUISA, qui n’exige pas de définir au préalable un résultat ou un délai, offre une marge de développement insoupçonnée, qui permet aussi de prendre des risques.» Pour elle, seule l’absence de pression extérieure permet d’effectuer un travail approfondi.

Rudolf Amstutz


cegiu.com

Portrait arttv
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CÉGIU

17.10.2023


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles. Chaque mois, nous présentons l’une ou l’un des bénéficiaires des contributions «Get Going!» 2022.

Qu’est-ce que «Get Going!»?

«Get Going!» ouvre de nouvelles perspectives

  • «Get Going!» est un programme d’encouragement proposé annuellement par la FONDATION SUISA.
  • Le concept de «Get Going!» repose sur la philosophie de «rendre les choses possibles».
  • «Get Going!» se veut un coup de pouce financier et un investissement dans la suite d’une carrière. «Get Going!» présuppose ainsi une certaine preuve de compétence et un parcours musical déjà accompli.
  • «Get Going!» doit restreindre aussi peu que possible les professionnel·le·s de la musique dans leur créativité. Le projet est centré sur le développement artistique.
  • Peuvent déposer leur dossier les autrices, auteurs, musiciennes et musiciens qui ont un lien évident avec la création musicale suisse ou liechtensteinoise actuelle.

Appel à projets

  • L’appel à projets «Get Going!» est lancé annuellement, en début d’été.
  • L’appel à projets «Get Going!» ne fixe pas de directives précises et renonce aux catégories usuelles liées au genre, à l’âge ou au projet. Il se veut accessible au plus grand nombre de personnes musicalement créatives.
  • L’appel à projets «Get Going!» se présente à dessein sous la forme d’un «argumentaire éclair»: nous attendons des présentations courtes, convaincantes et qui se concentrent sur l’essentiel. Le message clé doit pouvoir être présenté au jury de manière claire; le choix des moyens est libre (par écrit, au moyen d’un fichier vidéo/audio, etc.), mais la soumission du projet doit se faire sous une forme numérique, au moyen de l’outil de candidature en ligne.
  • Le jury pourra vous demander des précisions si nécessaire.

Ne seront pas pris en compte, notamment:

  • Les projets qui ont pour principal objectif final la production de supports audio ou vidéo.
  • Les projets qui sont exclus par le règlement d’encouragement général de la FONDATION SUISA (alinéa 6.4 du Règlement d’encouragement).

Wurmbaslehuufe.ch ⎪ «GET GOING!» 2021

Série de portraits «Get Going!» 2021

Christoph «Sirgel» Hartmann ⎪ Photo ©Reto Martin


Christoph «Sirgel» Hartmann & Niculin Janett: wurmbaslehuufe.ch
Les trois musiciens thurgoviens Christoph «Sirgel» Hartmann, Roland Hofer et Niculin Janett ont composé une mélodie de musique populaire avec un simple accompagnement d’accords pour chacune des 80 communes thurgoviennes. Ces compositions sont mises à disposition gratuitement sous forme de partitions et de fichiers audio sans droits d’auteur sur la plate-forme Internet wurmbaslehuufe.ch. Cette plate-forme en ligne doit faire office de point de rencontre et d’informations aussi bien pour la population que pour les acteurs culturels qui souhaitent élargir leur propre horizon musical populaire suisse.

Projets:
wurmbaslehuufe.ch
Lien vers site Christoph Hartmann
sirgelsound.ch
Link vers site Niculin Janett:
niculinjanett.ch


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles..

Omni Selassi ⎪ «Get Going!» 2021

Série de portraits «Get Going!»

Omni Selassi ⎪ Photo ⓒFlorian Guntesweiler


Omni Selassi nous fait part de sa reconnaissance: «Cette joie, et même cet honneur, sont si grands que nous ne sommes presque plus capables de garder notre équilibre. Le haut, le bas… Tout est inversé… Que faire avec 25 valises remplies de dollars? Nous continuons sur notre voie, mais en faisant mieux. Nous pouvons maintenant nous acheter un bus Toyota ou Mitsubishi, qui peut être réparé dans le monde entier. Nous pouvons enregistrer un deuxième album, alors que le premier n’est pas encore sorti. En plus, le numéro de la liste de la FONDATION SUISA nous donne à chaque fois l’impression que nous signons un chèque bancaire. C’est cool!»
omniselassi.com


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles.

Melodies In My Head ⎪ «Get Going!» 2021

Série de portraits «Get Going! 2021



Daniel Jakob et Thomas Burkhalter: Melodies In My Head – Une musique pop tirée d’interviews
Avec le nouveau duo Melodies In My Head, le musicien Daniel Jakob et l’ethnologue et artiste audio-vidéo Thomas Burkhalter ont souhaité développer des mélodies et des textes de chansons sur la base de déclarations tirées d’interviews afin de produire des chansons et autres titres. Melodies In My Head est une rencontre entre ethnographie, journalisme et art qui permet de créer une musique pop nouvelle, accrocheuse et profonde à la fois. Thomas Burkhalter et Daniel Jakob ont déjà collaboré avec succès sur des projets tels que « Clash Of Gods » (avec Christophe Jaquet), un théâtre pluridisciplinaire, ainsi que les séries de podcasts « Gqom Edits » (avec Marcel Gschwend, aka Bit-Tuner, nominé pour le Prix Europa) et « Timezones » (en collaboration avec le Goethe Institut).
facebook.com/daniel.jakob.96
facebook.com/dejotdejot/
mouthwateringrecords.com/


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles.

Lucia Cadotsch ⎪ «Get Going!» 2021

Série de portraits «Get Going!» 2021

Lucia Cadotsch ⎪ Photo ⓒDovile Sermokas


Lucia Cadotsch / LIUN + The Science Fiction Orchestra
«Après m’être concentrée ces dernières années avec mon trio « Speak Low »– en compagnie du bassiste Petter Eldh et du saxophoniste Otis Sandsjö – sur notre travail en formation de musique de chambre, j’ai senti grandir en moi le besoin d’explorer les possibilités sonores et de composition d’un grand ensemble. Je suis donc très impatiente de composer et d’enregistrer de nouveaux morceaux pour un album orchestral l’année prochaine, en collaboration avec le producteur Wanja Slavin. Par ailleurs, j’espère que la collaboration avec de nombreux passionnants artistes donnera naissance à un nouvel ensemble qui se développera et s’épanouiera de manière continue et qui se produira en concert».
luciacadotsch.com
youtube.com/watch?v=OQ7ETYq0Ksg

Portrait arttv
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LUCIA CADOTSCH

30.12.2022


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles.

Martina Linn ⎪ «Get Going!» 2021

Série de portraits «Get Going!» 2021

Martina Linn ⎪ Photo ⓒTabea Hueberli



Martina Linn sur les traces du rhéto-romanche à la Chasa Parli
En 2022, la chanteuse et compositrice grisonne Martina Linn partira sur les traces du rhéto-romanche dans le val Müstair. Durant trois mois, elle installera ainsi dans la Chasa Parli une sorte de laboratoire musical afin de transcrire de vieux poèmes et chants populaires rhéto-romanches dans un monde musical moderne. Pour ce faire, elle se tournera vers son style musical de prédilection, l’indie-folk, mais avec en tête l’envie de créer une rupture et de développer écriture et composition en travaillant avec les différents espaces ainsi que des effets naturels et artificiels. Les titres ainsi composés seront arrangés et enregistrés sur place, pour ensuite être publiés sous la forme d’un CD avec livret documentant cette recherche des origines à l’aide d’illustrations et de textes.
chasa-parli.ch
martinalinn.com

Portrait arttv
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MARTINA LINN

30.12.2022


«Get Going!», une offre d’encouragement de la FONDATION SUISA, existe depuis 2018. Cette nouvelle forme de contribution à la création permet de financer des processus créatifs et artistiques qui se situent hors des catégories usuelles.